EMPLOYABILITÉ DES SENIORS : POURQUOI EST-CE AVANT TOUT UN SUJET SOCIETAL ?

Le débat autour du report de l’âge de départ à la retraite a fait rejaillir les problématiques de maintien et d’accès à l’emploi des seniors. Selon la DARES, le taux d’emploi des travailleurs de 55 à 64 ans est passé de 32% au début des années 2000 à 56% en 2021. S’il n’a cessé d’augmenter en 20 ans, il reste inférieur à la moyenne européenne. Si l’employabilité des seniors est un défi à relever, pourquoi est-ce avant tout une question sociétale ?

Une difficulté révélatrice du rapport au vieillissement 

La catégorie professionnelle des seniors est en réalité assez floue. L’âge pivot varie entre 45 et 55 ans.  

Si le Ministère du Travail a fixé l’âge de 45 ans pour inciter les entreprises à anticiper la retraite et à mettre en place des mesures spécifiques, il s’agit avant tout de l’âge qui fait entrer le collaborateur dans la deuxième partie de sa carrière. Alors que l’on vit de plus en plus longtemps et en bonne santé, que l’on rentre de plus en plus tard dans le monde du travail et que la question du report de l’âge à la retraite est actuellement posée, comment expliquer que 45 ans soit devenu une référence employeur qui assimile la deuxième partie d’une carrière à son déclin voire à sa fin ? 

Parallèlement à cette stigmatisation des seniors à partir de 45 ans, nous constatons une tendance à valoriser les jeunes talents qui semble mener à la confusion entre jeunesse et talent. En effet, alors que les collaborateurs acquièrent de l’expérience et de la confiance en leurs compétences avec l’âge, ils n’en sont pas pour autant moins force de proposition et source d’innovation. Les stéréotypes liés à l’âge empêchent les entreprises de bénéficier pleinement des atouts de chaque génération et de la valeur ajoutée que constitue leur coopération. 

Pour la chercheuse Annie Jolivet, il faut libérer l’entreprise de la catégorisation par l’âge. Il faut faire évoluer notre regard individuel sur l’âge. 

Le travail, source de réalisation personnelle, sociale et économique

Le rapport au travail diffère selon les professions mais reste bien souvent source de réalisation personnelle. Qu’il soit plutôt physique, manuel ou intellectuel, les individus retrouvent dans leur travail un sentiment d’utilité et d’épanouissement. 

Toutefois, reste la question des perspectives de carrière. Les seniors sont une source de savoir et de savoir-faire pour leurs collègues plus jeunes auxquels ils peuvent transmettre. Il faut donc prendre conscience de la nécessité de leur garantir des perspectives dans leur vie professionnelle, afin de s’adapter à leurs compétences et leurs capacités au fil du temps et jusqu’à la fin de leur présence au travail. Néanmoins, les seniors confrontés à une forte pénibilité ou souhaitant se reconvertir doivent pouvoir le faire et y être encouragés.  

Fermer les portes de l’évolution ou de la reconversion à un senior est un frein à son épanouissement professionnel, or il s’agit d’une des clés de l’engagement et de la productivité. 

Par ailleurs, le fait que les travailleurs seniors soient poussés vers la retraite anticipée ou plus facilement touchés par le chômage de longue durée comporte un risque non seulement social, mais aussi psychologique et économique : social car ce chômage subit créé de l’isolement, psychologique car la difficulté du retour à l’emploi pour un senior est réelle et que cela peut créer une souffrance, et économique car pour la majorité des travailleurs, leur travail est un moyen de vivre décemment. 

Dès lors, il est primordial de garantir un égal accès à l’emploi, notamment dans la perspective que l’âge du départ à la retraite risque d’être reporté, que la population est vieillissante et qu’ainsi, les seniors seront de plus en plus nombreux sur le marché du travail. 

 

Inclure les seniors dans la lutte pour l’inclusivité au travail 

Le rapport au travail évolue et ce bouleversement est en train de replacer l’humain au cœur du monde de l’entreprise de demain.  

La question de l’inclusivité au travail, fortement d’actualité, ne saurait être complète si elle n’incluait pas la problématique de la discrimination sur le critère de l’âge. 

La dynamique actuelle est également à la quête de sens. Le monde de l’entreprise de demain devra offrir à chacun la possibilité de se réaliser dans son travail. Le travail ne saurait continuer à être assimilé à une contrainte : celle de rester pour le collaborateur, ou celle de garder pour l’entreprise.  

Si les seniors ont tout autant leur place dans le monde de l’entreprise que les plus jeunes, il en va aussi de la santé d’un pays que d’accorder à chacun sa place au travail. 

SOURCE fondation-travailler-autrement.org